Comment 3 semaines de lenteur ont soigné ma charge mentale

Je reviens tout juste de trois semaines passées au Portugal et une chose m’a frappé, au point de m’obliger à écrire ces lignes : ce pays est devenu, pour moi, un véritable refuge pour l’esprit. Pas une simple destination de vacances, mais un lieu de décompression totale. J’ai aussi envie de décrypter les mécanismes psychologiques et physiologiques qui ont transformé cette pause en une véritable cure de restauration mentale.

Dès les premières heures, j’ai été happée par un sentiment de sérénité profonde. Loin du tumulte de ma vie habituelle, j’ai redécouvert la beauté de la simplicité et, surtout, la joie de vivre lentement.

Oubliez les réveils à l’aube dictés par un agenda surchargé. Mon rythme était orchestré par la nature : quelques voisins discrets, un silence seulement brisé par une nature omniprésente, et le son apaisant d’un ruisseau qui s’écoulait près de ma maison, me berçant chaque nuit.

Durant ces trois semaines, le travail, le périphérique parisien et ses bouchons infernaux, ou encore la course aux rendez-vous médicaux ont tout simplement disparu de mon esprit.

Mon seul et unique « problème » ? Celui, somme toute très relatif, de devoir ramasser des châtaignes ou des champignons alors que, mon Dieu, il pleuvait parfois ! Un retour à la simplicité la plus totale, sans pression. J’ai bien dormi, j’ai bougé et mangé des produits sains.

L’année qui vient de s’écouler a été intense, une véritable accumulation de responsabilités qui, mises bout à bout, ont créé cette charge mentale. Ce n’est pas seulement le travail ; ce sont les projets professionnels qui s’enchaînent, bien sûr, mais aussi la gestion invisible de la sphère personnelle :

  • Le rôle épuisant d’aidante auprès de mes parents, qui exige une veille constante.
  • L’autogestion de ma santé (prendre les rendez-vous, suivre les traitements…).
  • L’objectif constant de maintenir une vie sociale riche et épanouie (organiser, planifier…).

Cette charge est une pression cognitive incessante. Cette surcharge chronique maintient le système nerveux sympathique (le mode « combat ou fuite ») en surrégime. Le corps est saturé d’hormones de stress (cortisol et adrénaline), ce qui, à long terme, mène à l’épuisement, l’anxiété et l’érosion de la résilience (je m’énervais beaucoup plus en octobre qu’en juin). Ainsi, c’est bien cette hyper-sollicitation sur plusieurs mois qui est responsable du problème.

Le Portugal a été le bouton reset que mon corps et mon esprit avaient besoin.

En substituant les impératifs stressants par des gestes simples et ancrés dans le présent, j’ai observé un effet thérapeutique immédiat :

  1. Le silence comme anxiolytique: En supprimant les stimuli (e-mails, notifications, bruits de ville), mon cerveau a pu sortir du mode « alerte » permanent. L’anxiété s’est dissipée avec l’écoute du ruisseau et du vent.
  2. La nature comme médicament: Marcher dans les bois pour ramasser des châtaignes est une forme de thérapie involontaire. Les problèmes abstraits étaient remplacés par des tâches concrètes qui ne demandaient qu’un engagement physique, libérant l’esprit de toute rumination et avec une bonne musique de fond c’est encore mieux.
  3. Le sommeil retrouvé : Le repos de l’esprit et l’activité physique (mes cuisses s’en souviennent) sont les clés d’un sommeil réparateur, la fondation d’une bonne santé mentale.

J’ai pu mettre en lien plusieurs principes de psychologie environnementale et cognitive qui expliquent la profondeur de cette restauration :

  1. La Théorie de la Restauration de l’Attention (ART)
    Développée par les psychologues Stephen et Rachel Kaplan, l’ART postule que l’attention dirigée, celle que nous utilisons pour nous concentrer au travail ou éviter les embouteillages, est une ressource finie et s’épuise (fatigue de l’attention). Or, pour eux, les environnements naturels (comme la forêt, le ruisseau) captent notre attention douce. Ces stimuli fascinent sans exiger d’effort mental. Cette absence d’effort a permis à mon attention dirigée de se reposer et de se régénérer.
  2. L’ancrage et la pleine conscience
    En substituant les tâches abstraites et anxiogènes (la planification) par des tâches manuelles concrètes (cueillir des champignons), l’esprit est forcé de s’ancrer dans le moment présent et contrairement à la méditation formelle, cet ancrage est pratique. Ramasser exige une pleine conscience immédiate du toucher et de l’environnement. Cette immersion interrompt les boucles de rumination (les pensées négatives répétitives sur le passé ou l’avenir) qui sont au cœur de l’anxiété et de la dépression.
  3. Déconnexion cognitive
    L’absence de notifications, d’e-mails professionnels, et l’éloignement de la pression sociale et médiatique permettent au cortex préfrontal (responsable de la prise de décision et du jugement) de se mettre au repos. C’est une détox cognitive essentielle pour retrouver la clarté.
  4. La qualité du sommeil et la consolidation mémorielle.
    Pendant les phases de sommeil lent et profond, le cerveau nettoie les toxines métaboliques et consolide les émotions. Un sommeil de qualité permet une meilleure régulation émotionnelle au réveil, diminuant l’irritabilité et augmentant la patience. J’ai constaté une meilleure capacité à gérer les émotions complexes au retour.
  5. L’amélioration des fonctions exécutives
    La restauration de l’attention et la réduction du stress ont permis à mes fonctions exécutives (mémoire, résolution de problèmes) de se recharger. Je suis revenue avec une clarté mentale et une capacité à prendre des décisions et à hiérarchiser les tâches nettement améliorées.

Après avoir décrypté comment l’environnement portugais a agi sur mon système nerveux et mon cerveau, la question n’est plus seulement de partir, mais de choisir le lieu le plus efficient. Une des mes amies, m’a justement fait remarquer mon lien et le nombre de décennies où j’y suis allée et que l’efficacité thérapeutique de cette pause n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat d’une recherche, souvent inconsciente, d’un lieu qui coche toutes les cases de la restauration (nature, silence, simplicité). Cependant, pour transformer un séjour ponctuel en véritable stratégie de bien-être à long terme, il est essentiel d’intégrer deux dimensions clés : la récurrence et l’attachement émotionnel. En revenant souvent sur le même lieu et en tissant un lien personnel fort avec lui, on augmente l’efficience de la décompression, créant une ancre mentale qui active la sérénité bien plus rapidement.

Je vous explique ces idées soulevées par ma lectrice.

Un lieu qui a prouvé son pouvoir thérapeutique gagne en efficacité à chaque retour. Revenir régulièrement au même endroit, comme un pèlerinage annuel ou bi-annuel, crée ce qu’on appelle un « effet cumulatif de restauration ». Le cerveau associe rapidement le lieu à un état de sécurité et de détente. Dès l’arrivée, l’activation du système nerveux parasympathique (le mode « repos et digestion ») est accélérée car le corps anticipe la sérénité. Il n’a plus besoin d’une phase d’adaptation pour « lâcher prise » ; l’apaisement devient presque un réflexe conditionné. Ce retour régulier ancre le processus de reset mental et physique, transformant la simple pause en une véritable stratégie préventive contre le burn-out et la charge mentale.

De plus, au-delà de ses qualités objectives (silence, nature), l’efficacité d’un refuge est intimement liée à la connexion émotionnelle que nous entretenons avec lui. Que ce soit un coup de cœur instinctif, un souvenir heureux d’enfance, ou un héritage familial, cet attachement personnel injecte une dimension supplémentaire de sécurité psychologique. Le lieu cesse d’être un simple décor pour devenir un « lieu-mémoire » chargé de sens. Ce lien affectif renforce le sentiment d’appartenance et de confort, permettant une vulnérabilité et une introspection plus profondes. Il agit comme un facteur de résilience, nous rappelant nos racines et notre capacité à nous restaurer dans un environnement où nous nous sentons fondamentalement à notre place.

Ce processus de restauration, amplifié par la conscience de l’importance du lien et de la récurrence, m’a offert bien plus qu’une simple récupération. Il a servi de socle pour ma résilience future. Ce séjour au Portugal n’a, bien sûr, pas effacé les défis qui m’attendent, mais il m’a donné les ressources mentales essentielles pour les aborder avec un calme et une clarté que j’avais perdus.

Si cette analyse résonne avec votre propre épuisement, sachez qu’il est temps d’adopter une stratégie de soin pro-active. Je vous invite à entamer votre propre recherche : trouvez votre refuge — qu’il soit au Portugal ou ailleurs — ce lieu où l’on peut revenir, où l’on se sent connecté, et où la déconnexion devient une thérapie.

Ce n’est pas seulement le soleil ou la beauté des paysages, c’est cette lenteur qui s’infiltre en vous et vous rappelle que prendre soin de soi n’est pas égoïste, mais essentiel à notre bien-être mental.

Et vous, quel est votre refuge ? Comment gérez-vous cette charge mentale qui nous épuise tous ?

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