
Aujourd’hui, je vais vous parler d’un aspect souvent mal compris du trouble bipolaire : les phases dites « maniaques » ou « hypomaniaques ». On a souvent en tête les « bas » de la dépression, mais les « hauts » peuvent être tout aussi complexes à gérer, et tout aussi importants à comprendre.
Imaginez que vous avez bu 10 expressos, que vous avez gagné au loto, que vous venez de trouver la solution à un problème mondial … tout ça en même temps et sans la moindre fatigue. C’est un peu ça, une phase maniaque (ou hypomaniaque, qui est une version un peu moins intense mais tout aussi impactante).
Ce n’est pas juste être « de bonne humeur » ou « super productif ». C’est un état où l’énergie et l’activité mentale sont extrêmement amplifiées, au point de devenir déconnectées de la réalité et potentiellement dangereuses pour la personne et son entourage.
Voici quelques signes qui peuvent apparaître :
- Le Turbo enclenché : Une énergie débordante, quasi illimitée. La personne a l’impression de n’avoir pas besoin de dormir (ou très peu) et se sent au top de sa forme, prête à conquérir le monde.
- Exemple : « J’ai passé 48h sans dormir à travailler sur mon projet de livre et là, je vais aller travailler pendant 12h et je me sens en forme! »
- La Course aux Idées : Les pensées s’enchaînent à une vitesse folle. Difficile de suivre le fil de la conversation, ça part dans tous les sens, de l’idée la plus brillante à la plus farfelue.
- Exemple : « J’ai eu 15 nouvelles idées de business en 2 heures, je vais les lancer toutes en même temps. Ah, et j’ai aussi lu des articles sur les dragons, il faut que je t’explique ! »
- L’Estime de Soi en Mode Super-Héros : Un sentiment de puissance et de confiance en soi démesuré, parfois jusqu’à la grandiosité. On se sent invincible, capable de tout réussir, d’influencer le monde entier.
- Exemple : « Bien sûr que je peux lever 1 million d’euros pour ce projet, je suis faite pour ça. Les banques vont se battre pour me prêter de l’argent. »
- L’Impulsivité ou mes moments « YOLO » : Les freins sont desserrés. Achats compulsifs, décisions financières risquées, comportements sexuels imprudents, engagement dans des projets démesurés sans réfléchir aux conséquences.
- Exemple : « Je viens d’acheter 10 billets d’avion pour des destinations lointaines, je pars demain ! Et j’ai vidé mon compte épargne pour une opportunité d’investissement géniale que j’ai vue sur BFM business. »
- L’Humeur en Yoyo : Malgré l’euphorie, si l’on est contredit ou frustré, l’humeur peut basculer brutalement vers l’irritabilité, l’agressivité, voire la colère intense.
- Exemple : « Tu ne comprends rien à ma vision géniale ! Comment oses-tu me dire de ralentir ?! »
- La Parole à Cent à l’Heure : La personne parle vite, beaucoup, passe d’un sujet à l’autre sans transition, rendant la conversation difficile à suivre.
Hypomanie vs. Manie : Deux Niveaux d’Intensité
La différence est dans l’intensité et l’impact :
- L’Hypomanie : Moins sévère, peut parfois être perçue positivement par l’entourage (plus d’énergie, plus de créativité). La personne fonctionne encore dans la vie quotidienne, même si elle peut prendre quelques risques. Mais attention, elle peut précéder une phase maniaque complète ou une dépression.
- La Manie : Plus intense, avec des conséquences souvent graves sur la vie sociale, professionnelle, financière, et la santé. La personne peut perdre le contact avec la réalité (épisode psychotique), nécessitant souvent une hospitalisation.
La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des stratégies concrètes et efficaces pour gérer les phases « Trop Vite » de la bipolarité. Ces phases ne sont pas une fatalité. En combinant traitement et outils psychologiques, on peut apprendre à lisser ces montagnes russes.
Je vais vous donner mes fondations pour au mieux gérer ces moments:
1. Le diagnostic et le traitement, les fondations.
Avant toute chose, si vous vous reconnaissez dans ces descriptions de pics d’énergie ou d’humeur, la première démarche est de consulter un professionnel de santé (votre médecin généraliste vous orientera vers un psychiatre). Seul un psychiatre peut poser un diagnostic précis de trouble bipolaire. Attention à l’auto-diagnostic, car ce n’est pas parce qu’on est très actif qu’on est bipolaire ! Une fois le diagnostic posé, le traitement médicamenteux est souvent essentiel. Les stabilisateurs de l’humeur ne sont pas là pour vous « éteindre » ou vous rendre amorphe ; ils régulent ces cycles biochimiques pour lisser les pics d’euphorie, d’irritabilité, ou de mégalomanie.
2. La psychoéducation : Comprendre pour mieux agir
C’est une thérapie à part entière, et elle est indispensable, autant pour vous que pour votre entourage ! La psychoéducation consiste à apprendre à décortiquer le trouble bipolaire. On apprend quels sont les signes avant-coureurs, les déclencheurs (le stress, le manque de sommeil, l’alcool), et comment réagir concrètement.
- Utilité concrète : C’est ce qui me permet d’identifier mes propres signaux très tôt. Par exemple, au lieu de me dire juste « Je suis de bonne humeur », je me dis : « Attends, ça fait trois nuits que je dors moins de quatre heures et j’ai eu 10 idées de nouveaux projets à la minute. C’est un signal d’alerte, pas une super-puissance. »Connaître l’invité surprise permet de mieux s’y préparer.
- Pour y parvenir, j’ai utilisé plusieurs méthodes. Mon journal de bord tout d’abord mais aussi des programmes de psychoéducation proposées par l’hôpital et le CMP de mon secteur. J’ai aussi rejoint un groupe de parole où j’ai pu partager mon expérience mais aussi apprendre des autres. Une fois que je me sentais un peu plus à l’aise, j’ai commencé aussi à lire des ouvrages m’expliquant vraiment les mécanismes de la maladie et d’approfondir ma lecture de mes propres symptômes.
3. Les Thérapies : Des Outils pour Ralentir
Plusieurs approches thérapeutiques offrent des techniques pour intervenir activement sur le cycle de l’humeur :
- La Thérapie Cognitive et Comportementale (TCC) : Cette thérapie aide à identifier et à modifier les pensées et les comportements associés aux épisodes. Par exemple, si vous avez des pensées grandioses (« Je peux monter une entreprise en 48 heures ! »), la TCC vous apprend à vérifier la réalité de cette idée et à ralentir l’impulsivité qui l’accompagne. Elle donne des techniques pour mieux dormir et gérer l’irritabilité montante.
- La Thérapie Interpersonnelle et des Rythmes Sociaux (TIPRS) : Cette approche est géniale pour la bipolarité car elle met l’accent sur l’importance de la régularité. Elle insiste sur le maintien des routines stables : sommeil, repas, et activités sociales. Pourquoi ? Parce que les perturbations de ces rythmes (comme un décalage horaire, ou le stress d’un changement de travail) peuvent être des déclencheurs majeurs d’épisodes. Elle aide à mettre en place un emploi du temps stable et à apprendre à communiquer ses besoins spécifiques à l’entourage.
4. Le Rôle de l’Entourage : Soutien et Vigilance
Les proches ont un rôle absolument crucial. Ils sont souvent les premiers à remarquer le décalage :
- Exemple : Mon compagnon qui va voir que je dors que je ne dors que 4 heures et que je parle de milles sujets très vite et que ma « bonne humeur » est un peu trop « bonne ».
- Action : Le soutien et la vigilance nécessitent une communication ouverte et un plan de crise co-construit en amont, quand l’humeur est stable. Les proches doivent savoir quand alerter, comment aider à maintenir la routine, et surtout comment éviter les disputes en phase d’irritabilité. C’est un pilier de la stabilité
L’équilibre est possible !
Vivre avec le trouble bipolaire, c’est apprendre à danser avec ses humeurs. Les phases « hautes », si elles sont sans contrôle, peuvent être destructrices. Mais avec un bon diagnostic, un traitement adapté et un travail thérapeutique régulier, il est tout à fait possible de trouver un équilibre. La vie ne sera pas un long fleuve tranquille, mais elle peut être riche, créative et épanouissante. C’est un défi, oui, mais aussi une force unique, celle d’une sensibilité profonde et d’une énergie incroyable à apprivoiser !